22 novembre 2006

Le vieux et les prétendants

Aux rives de la Marne, trois grandes éminences
Régnaient sur leurs sujets en toute insouciance.
Cambon et Herbillon, chacun dans sa cité,
Le vieux Griotteray en sus Maire-Député.
Une douce quiétude qu’avec le droit d’aînesse
On doit faire durer au moins jusqu’à la messe.
C’est ce que dû penser l’aïeul en tout honneur :
- Qu’ils me laissent en paix, bientôt viendra leur heure ?
A cela rien à dire. Issus du même parti,
Tout était réuni pour qu’ils deviennent amis.
D’autant que le doyen, sous ses ailes protectrices
Couva les gringalets, lorsqu’ils étaient novices.
De plus quelques faits d’armes, dans la dernière guerre
Lui valurent l’estime, même si on exagère.
Son idéologie, son seul panache blanc
Fut à n’en pas douter, sa haine de l’Allemand.
Car faire le coup de feu, dans les années quarante
Les yeux doux à Le Pen, dans les années nonante
Est au premier abord, manque de maturité
Ou bien c’est sur le tard, signe de sénilité.

Pourtant bien inégales, les parts, pour ces trois bêtes,
N’en composaient pas moins, un fromage pour trois têtes.
Alfort et Saint-Maurice puis Charenton le Pont
Les Conseil Général, Région, circonscription,
Tous pouvaient s’empiffrer, atteindre l’overdose.
Le vieux gardait le mieux, les autres avaient leur dose.

Mais les ailes bienfaitrices couvaient un rejeton
Qui, de toute l’instruction, retint la trahison.
Pour gagner les faveurs, il s’était tant blotti,
Qu’à force de frottement, il fut tout dégarni.
Pour sûr c’est l’esthétique, c’est pour rester mignon
Qu’un jour il enjamba, en mai, le rubicon,
Car baver trop longtemps devant un os à moelle
Risquait sur le caillou de le laisser sans poil.
L’autre moins querelleur ou bien moins envieux
Resta à Saint-Maurice, mais avec ses cheveux.

La bataille eut lieu pour la circonscription
Le Judas déplumé, qui a plus de maisons,
Après de vifs échanges et force noms d’oiseaux
En toute arithmétique, emporta le morceau.
Mais de lui et du vieux, sur l’idéologie
Sauf le système pileux, on dirait des sosies.

Oh, vous les pygmalions ! Oh, vous les bons apôtres !
Qui cherchez à aider, à faire le bien des autres
Exercez vos talents et votre rhétorique,
Mais de grâce morbleu, laissez la politique.
Quant à ceux qui s’obstinent, pour la fidélité,
Le seul mètre étalon est la pilosité.

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